Comment un fermier a tué 50 Allemands en seulement 3 heures grâce à une ruse insensée avec un fil de fer .NP
Comment un fermier a tué 50 Allemands en seulement 3 heures grâce à une ruse insensée avec un fil de fer
Le 24 janvier 1945, à 8 h, près de Husen, en France, ce fut l’enfer. La terre trembla. Six cents fantassins allemands d’une division de montagne SS d’élite surgirent du brouillard givrant. Ils étaient appuyés par six chars Tigre Mark VI, des mastodontes d’acier. Leurs canons de 88 mm faisaient déjà feu, transformant la ligne de front américaine en un paysage de glace, de feu et de neige rouge.
L’unité américaine qui se dressait sur leur chemin, le troisième bataillon du 7e régiment d’infanterie, était sur le point d’être anéantie. Dans un fossé peu profond, un lieutenant de 25 ans observait le chaos. Petit, à peine 1,60 m, il souffrait d’une dysenterie aiguë. Blessé, il n’aurait même pas dû être là. Il regardait les chars Tigre avancer.
Il regarda ses hommes, dix contre un, et commença à paniquer. Son regard se porta ensuite sur le téléphone de campagne qu’il tenait à la main. Il avait le choix. Il pouvait obéir aux ordres, se sauver et se replier au poste de commandement. Ou bien il pouvait faire autre chose. Quelque chose de si téméraire, de si suicidaire, que cela défiait toutes les règles de la guerre. Il saisit la bobine de fil téléphonique et s’enfuit.
Il n’a pas fui l’attaque. Il s’est précipité seul vers elle, droit dans le déluge de tirs de mitrailleuses. Ce que ce fermier du Kentucky, sans prétention, a accompli pendant les trois heures qui ont suivi n’était pas seulement un acte de bravoure. C’était un massacre prémédité, perpétré par un seul homme, et c’est l’histoire que l’armée américaine allait tenter d’étouffer pendant les cinquante années suivantes. Voici l’histoire de Garland Merl Connor et la raison incroyable, presque criminelle, de son geste.
Il devint le soldat le plus décoré de la Seconde Guerre mondiale, et aussi le plus oublié. Pour comprendre ce qui s’est passé lors de cette mission suicide de trois heures, il faut d’abord comprendre l’homme. Et pour comprendre l’homme, il faut comprendre la guerre à laquelle il participait. C’était en janvier 1945. La bataille des Ardennes avait été un désastre.

Le dernier grand pari d’Hitler à l’Ouest. Mais ce n’était pas le seul. Plus au sud, dans les monts Voge, en France, il lança une seconde offensive, moins connue : l’opération Nordwind, le Vent du Nord. Ce fut un véritable cauchemar. L’hiver fut le plus rigoureux depuis trente ans. Les températures descendirent jusqu’à -20 °C. Les soldats américains de la GIS combattaient dans des forêts gelées contre des fanatiques SS qui connaissaient parfaitement le terrain.
C’était un véritable enfer, une guerre d’usure. Au cœur de ce froid glacial se dressait la 3e division d’infanterie américaine, le Roc du M. Et dans cette division, un garçon de ferme du Kentucky, discret et sans prétention. Garland Merl Connor n’était pas un militaire de carrière. Il n’était pas un colosse. Il était issu d’une famille de pauvres agriculteurs du comté de Clinton.
Il avait passé sa vie à travailler la terre. Lorsqu’il s’est engagé en 1941, il avait 21 ans, mesurait 1,60 m et pesait 50 kg. Il passait inaperçu. C’était le genre d’homme que les experts et les officiers ignoraient. Mais ce fermier discret cachait un secret : une force de caractère typiquement du Kentucky, qu’il prouvait depuis deux ans lors de certaines des batailles les plus sanglantes de la guerre.
Lorsque la 3e division débarqua à Anzio, en Italie, en 1944, la situation était catastrophique. Les Américains étaient piégés sur une minuscule tête de pont, encerclés par l’artillerie allemande. C’était un véritable carnage. Connor était alors sergent-chef. Le 30 janvier 1944, sa section fut clouée au sol. Un nid de mitrailleuses allemand les avait pris pour cible. Les hommes tombaient les uns après les autres.
Connor n’attendit pas d’ordres. Il ne demanda pas la permission. Il s’empara de son fusil et rampa. Seul, il parcourut 75 mètres à découvert, les balles sifflant au-dessus de sa tête. Il parvint à 15 mètres du nid, se hissa et, d’un tir précis et imperturbable, abattit toute la colonie. Son peloton avança.
Ils furent de nouveau cloués au sol. Sous le feu d’une autre mitrailleuse, Connor récidiva. Il rampa sur une soixantaine de mètres sous une pluie de grenades et neutralisa le second nid. Son peloton avança et fut de nouveau pris au piège. Cette fois, Connor ne rampa pas. Il se releva et chargea droit sur la position ennemie, tirant à la hanche.
Il abattit l’équipage, s’empara de leur arme et la retourna contre les Allemands en retraite. Pour cet acte de bravoure, il reçut sa première Silver Star, la troisième plus haute distinction militaire américaine. Mais ce n’était qu’un avant-goût. Connor n’était pas un spécialiste. Il n’était pas un tireur d’élite. C’était une véritable machine à tuer. Quelques semaines plus tard, en Italie, son unité progressait lorsqu’elle tomba nez à nez avec un champ de mines allemand. Des hommes furent décimés.
La section paniqua. Ils étaient piégés. Impossible d’avancer, impossible de reculer. Sous un feu nourri de mitrailleuses et de mortiers, Connor se mit à quatre pattes et commença à ramper dans le champ de mines. Il sonda le sol avec sa baïonnette, repérant les fils-pièges et les plaques de pression.
Avec calme et méthode, il a dégagé un passage, centimètre par centimètre, tandis que les explosions se succédaient autour de lui. Puis, se relevant au milieu du champ de mines, il a guidé ses hommes un par un à travers le chemin qu’il avait ouvert. Il a sauvé tout son peloton. Pour cela, il a reçu sa deuxième étoile d’argent. Vous voyez le parallèle ? Ce fermier d’1,60 m n’était pas un homme. C’était une force de la nature.
Le commandement de l’armée commençait à s’en apercevoir. Les experts étaient perplexes. Comment cet homme, qui avait l’air d’un enfant, pouvait-il faire cela ? Ils ne comprenaient pas. Connor ne se battait pas pour une doctrine. Il ne se battait pas pour des règlements. Il se battait pour ses camarades. Il se battait pour rentrer chez lui, à sa ferme. Et sa logique était simple et brutale.
Le seul moyen de rentrer chez soi était de les traverser. Puis vint le sud de la France. Août 1944, opération Dragoon. La 3e division progressait vers l’intérieur des terres. Les Allemands battaient en retraite, mais ils se battaient pour chaque pouce de terrain. Près de Viron, la compagnie de Connor tomba dans une embuscade. Une mitrailleuse allemande dissimulée dans une maison les cribla. Le commandant de compagnie fut tué.
L’unité était sans chef, anéantie, ensanglantée dans la rue. Connor, désormais sergent-chef, en prit le commandement. Il empoigna un homme. « Couvrez-moi ! » Il parcourut une centaine de mètres en plein jour, dans une rue complètement dégagée. Les balles criblaient le bitume autour de lui. Il atteignit la maison. Il enfonça la porte d’un coup de pied.
Il a nettoyé toute la maison, pièce par pièce, seul. Il a tué les cinq mitrailleurs et les trois fusiliers qui les soutenaient. Puis, sous le même feu ennemi, il a retraversé la rue en courant, a réorganisé sa compagnie et l’a menée à l’assaut victorieux. Pour cet acte de bravoure, il a reçu sa troisième étoile d’argent.
Vous comptez ? Ça fait trois étoiles d’argent. La plupart des militaires de carrière, la plupart des généraux, n’en voient jamais une seule. Connor en a reçu trois en moins de neuf mois. Mais il collectionnait aussi d’autres décorations. Une étoile de bronze pour avoir rampé sur 150 mètres afin de secourir un officier blessé, le ramenant sous le feu de l’artillerie. Une deuxième étoile de bronze pour avoir détruit à lui seul un autre nid de mitrailleuses.
Une troisième étoile de bronze. Quatre. On ne sait même plus. Les archives regorgent d’actes de bravoure, c’est difficile à dire. Et des Purple Hearts ! Il a été blessé à Anzio par des éclats d’obus. Il a été blessé de nouveau en France, par une balle. Il a été blessé une troisième fois. En décembre 1944, Garland Merl Connor était brisé. Il avait combattu pendant 28 mois. Il avait vu plus de combats, plus de morts que dix hommes réunis. Il souffrait d’une grave dysenterie.
Ses blessures étaient infectées. Il avait perdu quinze kilos, malgré sa silhouette déjà frêle. Il était à bout. Pour une fois, l’armée prit la bonne décision. On le retira du front. On lui accorda une commission sur le champ de bataille, on le nomma lieutenant et on le réaffecta officier de renseignement du troisième bataillon. C’était la doctrine. Son nouveau poste était sûr.

Il était censé rester à un poste de commandement à 2 000 mètres derrière la ligne de front. Il était censé lire des cartes, rédiger des rapports et survivre. Ses supérieurs, ses amis, ses propres hommes… Tous lui disaient : « Mer, tu en as assez fait. Retourne à l’arrière. Rentre chez toi. » Connor les regarda. Il regarda les cartes et les jeunes recrues, ces gamins envoyés au front affronter les SS.
Et il a dit : « Non. » C’était sa modification illégale. C’était son refus de se soumettre. Il ne resterait pas dans un bunker pendant que d’autres hommes mouraient. Il ne suivrait pas les règles, car il savait, grâce à son bon sens paysan, que les experts se trompaient. Il savait que la guerre n’était pas finie. Il savait que les Allemands allaient lancer une dernière offensive.
Et il savait que ses hommes auraient besoin de lui. Alors, pendant le mois qui suivit, le lieutenant Garland Merl Connor, officier de renseignement blessé et malade d’1,60 m, enfreignit toutes les règles. Il ne restait pas au poste de commandement tous les jours. Il quittait son bunker sûr et se faufilait jusqu’à la ligne de front. Parfois, il la franchissait. Il rampait seul dans le no man’s land, comme à Anio, et il observait.
Il restait allongé des heures durant dans la neige gelée, à observer et à écouter. Il voyait des choses que les experts à l’arrière ne pouvaient pas voir. Il déchiffrait les schémas des patrouilles allemandes. Il voyait où les SS se massaient pour une attaque. Il voyait où se cachaient les chars Tigre. Il était comme un fantôme. Il rampait jusqu’à ses lignes et indiquait précisément à ses commandants où les Allemands allaient attaquer, et quand ils ne le croyaient pas…
Lieutenant, vous êtes S2. Votre travail consiste à rédiger des rapports. Restez en retrait. Connor, vous êtes malade. Vous avez des hallucinations. Allez au poste de secours. Il était E2. Il était mécanicien et disait aux ingénieurs que l’avion était en panne. Et [il s’éclaircit la gorge] ils l’ont ignoré. Cette désobéissance lui a valu sa quatrième Silver Star lors d’une de ses missions de reconnaissance illégales.
Il vit un de ses camarades, un ami, touché par un obus de mortier. L’homme gisait à découvert, se vidant de son sang. Connor se précipita de nouveau à découvert. Il le souleva, le jeta sur son épaule et le ramena à l’intérieur, tandis que des obus d’artillerie, des 88 mm allemands, explosaient autour d’eux. L’homme survécut. Il faut le dire clairement : en janvier 1945, Garland Merl Connor était déjà une légende.
Quatre étoiles d’argent, trois étoiles de bronze, trois Purple Hearts. Il n’avait plus rien à prouver. Il avait fait plus. Il avait tué plus. Et il avait sauvé plus d’hommes qu’une compagnie entière. Sa guerre était finie jusqu’au 24 janvier 1945, à 7 heures du matin. Connor se retrouva là où il n’aurait pas dû être. Il était à un poste d’observation avancé, un fossé peu profond, à 300 mètres de sa propre ligne de front.
Il avait froid. Il était malade. Et il observait le brouillard. Il avait son téléphone de campagne. La ligne s’étendait sur 300 mètres jusqu’au poste de commandement de l’artillerie. Il avait un pressentiment. Ce même instinct de fermier qui lui disait quand une tempête approchait. L’air était trop calme. Il annonça au poste de commandement : « Ils arrivent. C’est aujourd’hui. Préparez-vous. » Les experts à l’arrière se moquèrent.
Connor, va te reposer. Nos rapports ne signalent aucune activité. Soudain, il l’entendit. Un grondement sourd. Un cliquetis. Le bruit du métal. Ce n’était pas un seul char. Il y en avait plusieurs. Le brouillard devant lui commença à s’épaissir. Et à 8 heures, le brouillard se dissipa. C’était un cauchemar. Six chars Tigre. Pas des Panzers, pas des Stugs. Des Tigres.
L’arme la plus redoutée au monde. Et derrière eux, un bataillon entier, 600 soldats SS de montagne, des troupes de choc, l’élite de l’élite. Ils n’étaient pas en reconnaissance. Ils n’étaient pas en mission de reconnaissance. Ils attaquaient. Et leurs tirs visaient directement le point faible de la ligne américaine, celui que Connor leur avait signalé. Les Tigres ouvrirent le feu.
Les obus de 88 mm ont déchiré la ligne américaine. Des arbres ont explosé. Des hommes ont été décimés. Les mitrailleuses américaines crépitaient sur le blindage du Tigre. Inutile. Le 600e régiment d’infanterie SS, hurlant de douleur, a chargé. Connor, dans son fossé à 300 mètres devant ses camarades, a vu sa compagnie, ses hommes, commencer à céder. Il les a vus se mettre à courir. Il a vu la panique. Il savait.
Il savait qu’en soixante secondes, ils seraient tous morts. La ligne serait rompue. Les Allemands auraient percé. Les experts s’étaient trompés. Les règlements étaient erronés. Tout était faux. Il regarda son téléphone de campagne. Il avait une ligne directe avec l’enfer. Il était connecté à tout le commandement de l’artillerie américaine. Des dizaines d’obusiers miniatures de 105 mm et de 155 mm qui n’attendaient qu’une cible.
Il était S2, officier de renseignement. Sa doctrine, ses ordres : observer, rapporter et battre en retraite. Il était censé se sauver. Il aperçut le char Tiger de tête à 500 mètres. Il vit l’infanterie SS à 400 mètres. Il vit ses camarades mourir 300 mètres derrière lui. Garland Merl Connor, le fermier d’1,60 m, l’homme déjà héros, l’homme malade, blessé et brisé, fit son choix.
Il n’allait pas battre en retraite. Il n’allait pas fuir. [Il s’éclaircit la gorge] Il allait chasser. Il déroula son fil téléphonique. Il vérifia sa connexion. Il décrocha le combiné. Et il ne resta pas dans le fossé. C’est à ce moment précis que l’histoire devient incroyable. Il quitta la sécurité de son fossé et commença à ramper vers le 600 SS, vers les six chars Tigre.
Il s’enfonça d’une quarantaine de mètres dans le no man’s land. Il découvrit un petit cratère d’à peine un mètre de profondeur. Il déroula son fil de fer barbelé. Il s’allongea dans la neige. Il se trouvait désormais à 250 mètres des lignes américaines, au cœur de l’attaque allemande. Les 600 SS avançaient devant lui. À sa gauche comme à sa droite, il les entendait crier en allemand.
Il sentait les émanations de diesel des Tigres. Il était encerclé. Il décrocha le téléphone. Il mit le commandant de l’artillerie en ligne. Le commandant à l’arrière était paniqué. « Connor, quelle est votre position ? Il faut se replier. » La voix de Connor était calme, froide, la voix d’un fermier face à l’orage.
Il dit : « Je suis à 200 mètres de l’ennemi. Ils m’encerclent. » Le commandant, déconcerté, s’exclama : « Quoi ? Que faites-vous ? Sortez de là ! » Et voici ce que dit ensuite Garland Merl Connor, une phrase qui devrait figurer dans tous les livres d’histoire : « Monsieur, je veux que vous preniez l’artillerie directement sur moi. » Le commandant de l’artillerie, à l’autre bout du fil, resta silencieux.
Ce que Connor venait de demander n’était pas un acte de bravoure. C’était du suicide. La doctrine d’artillerie comportait une règle absolue : ne jamais tirer sur ses propres positions. On appelait cela le danger imminent. Tirer à moins de 600 mètres de ses hommes était risqué. Tirer à moins de 200 mètres était impensable. Tirer directement sur un officier était un meurtre.
La voix du commandant lui parvint, rauque. « Négatif, lieutenant. Négatif. Quelle est votre position ? » « On se replie. » Connor, allongé dans la neige, au milieu des hurlements de 600 SS et du grondement des chars Tigre, n’avait pas le temps d’hésiter. Il voyait les lignes de son bataillon vaciller. Il voyait des hommes se mettre à courir. Il hurla dans le téléphone : « Non, je ne me replie pas ! »
Je suis au point de coordonnées. Il lut les coordonnées sur la carte. L’ennemi est avec moi. Ils m’encerclent. Vous tirez sur ma position ou nous sommes tous morts. Dans cinq minutes, la ligne cédera. C’était le moment décisif. L’expert à l’arrière contre le paysan dans le champ, l’artilleur hésita.
Il savait que tirer à cet endroit précis ne tuerait pas seulement Connor. Cela tuerait des dizaines de GI américains qui tentaient encore de tenir la ligne à 300 mètres derrière lui. Mais Connor connaissait ses calculs. Il connaissait le rayon de l’explosion. Il savait que ces 300 mètres constituaient la limite de sécurité, tout juste. Il ordonnait de tirer dans la brèche. Ce no man’s land de 250 mètres où il s’était réfugié.

Le commandant d’artillerie fit son choix. Il fit confiance à l’homme dans la neige. Sa voix lui parvint, grave. Portée confirmée. Tir en ordre. Sur vos coordonnées. Obus en route. Et Garland Merl Connor commença la chasse. Il n’était plus un soldat. Il était un chef d’orchestre. Et il s’apprêtait à orchestrer une symphonie de destruction totale. Les premiers obus servirent de tirs de réglage.
Ils atterrirent à une centaine de mètres derrière lui, dangereusement près de ses hommes. Connor saisit le téléphone. Trop loin. Rapprochez-le de cent mètres. L’artilleur ajusta sa position. Les obus suivants furent plus proches. Le son était différent. Ce n’était plus un grondement lointain, mais un sifflement strident. Les obus de 105 mm. Ses propres obus atterrirent à une cinquantaine de mètres. Les explosions étaient assourdissantes.
Le sol trembla. Des éclats d’obus brûlants et tranchants comme des rasoirs. Ses propres éclats sifflaient au-dessus de sa tête. Ils le lacé. L’air glacial s’écrasait contre les congères autour de son cratère. Il était dans sa propre zone de destruction. Et maintenant, il se mit à l’œuvre. Il leva les yeux. Le char Tigre de tête, celui qui avait lancé l’attaque, était à 200 mètres. Il s’était immobilisé.
C’était une forteresse mobile qui faisait feu avec son canon ADB de 80 mètres. Boum, boum, boum. Le poste de commandement de son bataillon était réduit en miettes. Connor porta le téléphone à sa bouche. Il était calme. « Cible : Tigre à 200 mètres au nord de ma position. Feu à volonté. » Le commandant à l’arrière relaya l’ordre. « Feu à volonté. »
Des dizaines de canons firent feu simultanément. Connor ne broncha pas. Il vit le ciel se déchirer. Une vague d’obus explosifs traversa la neige droit sur le char Tigre. Les obus recouvrirent la zone. L’infanterie SS autour du char disparut. Ils ne tombèrent pas. Ils se désintégrèrent. Un, deux, trois, cinq impacts directs sur le Tigre.
Le monstre de 80 tonnes trembla. Son canon MIME 80D se tut. Le char était hors d’usage. À l’arrière, les experts exultaient. Ils avaient neutralisé un Tigre. Connor ne s’arrêta pas. Il scrutait déjà les alentours à la recherche de sa prochaine cible. Il était la solution de facilité. Il était le seul à avoir compris que les experts se trompaient. Maintenant, faisons une pause.
Examinons la situation du point de vue allemand. L’attaque allemande était menée par un major SS-Storban expérimenté, un vétéran du front de l’Est. Il avait tout vu. Il considérait les soldats américains comme de simples paysans, des commerçants, et non comme de véritables soldats. Son plan était parfait. Ses renseignements étaient parfaits.
Les Américains ne s’attendaient pas à une attaque. Ses six chars Tigre étaient invincibles. Ce n’était pas une bataille, mais une opération de nettoyage. L’attaque débuta à 8 h 00. À 8 h 05, tout se déroulait comme prévu. La ligne américaine cédait. Il les voyait fuir. Il sourit. Il donna l’ordre à son Tigre de tête, le char 101, d’avancer et de détruire le poste de commandement. La victoire était imminente.
Et puis, soudain, ce fut le drame. Le ciel s’embrasa. Mais il ne s’agissait pas des tirs d’artillerie erratiques et paniqués auxquels il s’attendait. C’était différent. C’était précis. Il assista, horrifié, à la destruction de son char de tête, son engin invincible, réduit en miettes. Le nettoyage venait de s’interrompre. Le commandant était désemparé. Comment ? Comment avaient-ils fait ? Ses hommes firent leur rapport. Non. Des observateurs américains.
Les Américains battaient en retraite. Ce devait être un coup de chance. Un coup de poker. Il était furieux. Il hurla dans sa radio : « Avancez toutes les unités ! Ne vous arrêtez pas ! Voartz ! » Il ordonna à son deuxième char Tigre d’avancer et à son infanterie d’élite SS de charger. Revenons à Connor. Il vit le deuxième Tigre s’avancer.
Il vit la vague de 600 SS se lever et charger. Ils hurlaient. Ils étaient à 400 mètres. Connor gardait son calme. C’était un fermier qui préparait sa récolte. Il savait qu’il ne pourrait pas tous les arrêter. Il devait immédiatement briser leur volonté. Comment faire ? On ne tue pas les hommes. On tue leurs chefs.
Il scruta la vague de déferlement, ignorant les balles qui sifflaient à ses oreilles. Il cherchait les officiers, les hommes aux cartes. Il cherchait les opérateurs radio, les hommes aux antennes. Il cherchait les mitrailleuses, les MG42. Cela leur donnait du courage. Il les vit. Un groupe de SS courant ensemble. Une équipe de MG42 en position.
Connor porta le téléphone à sa bouche. Cible : MG42, 300 mètres, centre. Feu ! Le ciel hurla. La MG42 et ses cinq servants disparurent. Il aperçut un autre groupe, un officier, qui agitait le bras en désignant : « Officier cible, 250 mètres, flanc gauche, feu ! » Le ciel hurla. L’officier disparut. C’était la terreur psychologique.
Revenons au côté allemand. Les fantassins SS n’étaient pas des paysans. C’étaient des fanatiques. Ils n’avaient pas peur de mourir, mais ils étaient désormais terrifiés. Ce n’était pas la guerre. C’était de la magie. C’était un fantôme. Chaque fois qu’un officier donnait un ordre, il explosait. Chaque fois qu’une mitrailleuse tentait de tirer, elle explosait.
L’artillerie n’agissait pas au hasard. Elle réfléchissait. Elle les observait. Elle savait qui ils étaient. Hans, un jeune soldat SS de 18 ans, regardait son sergent pointer son arme. Puis son sergent disparut. Il vit son ami Carl installer leur MG42. Puis Carl disparut à son tour. Hans cessa de charger. Il se laissa tomber dans la neige.
Il ne combattait pas les Américains. Il combattait un dieu invisible sur tout le front de 400 mètres. La charge SS, réputée invincible, vacilla. Les hommes cessèrent de courir. Ils se jetèrent à couvert. Ils étaient paralysés. Toute l’attaque allemande était bloquée. Les experts s’étaient trompés. La doctrine était erronée. Un simple fermier d’1,60 m avait mis en déroute un bataillon SS entier en moins de dix minutes.
Mais la bataille n’était pas terminée. Elle ne faisait que commencer. Ce n’était pas un combat de dix minutes. C’était une guerre de trois heures. Le commandant allemand était paniqué. Mais il n’était pas stupide. Il comprit ce qui se passait. « Ce n’est pas un fantôme ! » hurla-t-il dans sa radio. « C’est un baobab, un observateur. Il est tout près. Il est sur le terrain. »
La seule façon pour l’artillerie d’atteindre une telle précision était la présence de l’observateur. Le commandant donna l’ordre qu’un chef désespéré aurait donné : le nettoyage complet de la grille. Il ordonna à ses propres mortiers, à sa propre artillerie, de raser le champ de bataille. « Fo, Alf, Zector, C4 ! » hurla-t-il. « Feu sur le secteur C4 ! » La case exacte où se trouvait Connor à présent.
Garlin Merl Connor n’était pas seulement dans sa propre zone de destruction. Il était dans la leur. Pendant les deux heures qui suivirent, Connor resta allongé dans ce cratère. C’était un véritable enfer. Ses propres obus de 105 mm explosaient à 50 mètres devant lui. Les mortiers allemands de 81 mm explosaient à 100 mètres derrière lui. Des éclats d’obus des deux camps emplissaient l’air. Ce n’était pas un bruit, c’était une force physique.
Le sol tremblait sans cesse et Garland Merl Connor poursuivait sa chasse. Il aperçut le second char Tigre qui tentait de contourner son bataillon. Il hurla dans le téléphone. Par-dessus les explosions, on entendait : « Tigre, direction est, 400 mètres ! Arrêtez-le ! » Les obus s’approchèrent du char. Un impact direct brisa ses chenilles. Le char fut mis hors de combat.
Il tournoyait sur lui-même. Il devint un cercueil d’acier. Deux Tigres détruits. Le commandant allemand perdait la tête. Ses chars étaient détruits. Ses hommes se cachaient. Il devait trouver l’observateur. Il ordonna à son troisième et quatrième Tigre de ne pas attaquer les Américains, mais de traquer l’observateur.
Il leur ordonna de tirer avec leurs canons 80D sur chaque fossé, chaque cratère, chaque cachette possible dans le champ. Et puis, ce fut le cas. Un obus de mortier allemand, tiré par une équipe terrifiée, traversa le champ. Il atterrit à dix mètres, à dix mètres du cratère de Connor. La déflagration fut inimaginable. Elle souleva son corps de 51 kg hors du fossé.
Le choc le projeta violemment sur le sol gelé. Ses dents claquèrent. Ses blessures de France se rouvrirent. Un nouvel éclat d’obus se logea dans sa hanche. Il saignait abondamment. Il n’y prêta pas attention. Il rampa de nouveau dans le cratère. Il sentit le sang chaud imbiber son pantalon. Il décrocha le téléphone. Sa voix était toujours calme.
Position cible des mortiers à 600 mètres au nord-ouest. Faites-les taire. Le ciel hurla. Les mortiers se turent. C’était du courage. C’était la logique du fermier. La seule façon de mettre fin à la souffrance était de gagner. Il continua à se battre pendant une heure. Il repoussa chaque nouvelle attaque allemande. Il mit hors de combat un troisième Tigre. Il gagnait. Il gagnait, et puis ce fut le désastre. Le défaut fatal, la machine brisée.
Un obus allemand de 88 mm, tiré par un des chars de chasse, siffla au-dessus de sa tête. Il n’était pas dirigé contre lui, mais vers la ligne américaine, 300 mètres derrière lui. Or, c’est précisément là que se trouvait son fil de transmission. L’obus explosa et coupa la ligne. Le téléphone que Connor tenait à la main se tut. Silence.
Le commandant d’artillerie à l’arrière paniqua. Connor ! Connor, rapport ! Merl, rapport ! Rien. Le fantôme avait disparu. Le commandant cessa le feu. Le major allemand, du côté allemand, entendit le silence. L’artillerie américaine s’était tue. Il sourit. Le fantôme était mort. L’observateur était mort. Ses mortiers, ses chars l’avaient trouvé. Il hurla dans sa radio.
Dernier ordre. Vorartz. Alismaner. Fuvance. En avant ! Tous les hommes ! En avant ! Le fantôme est mort. Attaquez les restes du bataillon SS. Les trois derniers chars Tigre émergèrent de la neige. Ils chargèrent. [Il s’éclaircit la gorge.] Cette fois, rien ne put les arrêter. Connor, dans son cratère, était désormais seul. Il était piégé.
Il se trouvait à 250 mètres à l’intérieur des lignes allemandes et il se vidait de son sang. Il était condamné. Il regarda le téléphone éteint qu’il tenait à la main. Il regarda le fil de fer barbelé rompu qui s’étendait sur 300 mètres à travers un champ désormais envahi par les SS qui chargeaient. Il regarda les chars Tigre qui avançaient. Il avait encore le choix. Il pouvait rester dans le cratère et mourir.
Il pouvait se rendre et mourir. Ou il pouvait faire ce que Garland Merl Connor faisait toujours : réparer la machine défectueuse. Il [se racle la gorge] quitta son cratère. Il se mit à plat ventre et commença à ramper vers ses lignes, traînant le fil cassé à la main. Ce n’était pas une simple progression. C’était une véritable agonie. Il ne rampait pas vers la sécurité.
Il rampait sur le champ de bataille. Les SS, à l’assaut, étaient derrière lui. Ils tiraient sur les lignes américaines. Les balles sifflaient au-dessus de sa tête. Il rampait sur les corps des hommes qu’il avait tués. Il entendait les Tigres se rapprocher. Soudain, les Américains l’aperçurent. Un mitrailleur, à 300 mètres de là, distingua une silhouette qui bougeait dans la neige.
Il ne pouvait pas dire qui c’était. C’était en avant de l’attaque allemande. Ce devait être un éclaireur allemand. La mitrailleuse américaine ouvrit le feu sur lui. Les balles traçantes déchiraient la neige autour de sa tête. Il était pris sous le feu des deux camps. Il continuait de ramper. Il perdait tellement de sang que sa hanche était brisée. Mais il le vit.
L’autre extrémité du fil gisait dans un cratère à une centaine de mètres des lignes américaines. Il plongea dans le cratère. Ses mains étaient gelées, engourdies. Il ne sentait plus ses doigts. Il sortit son couteau. Il dénuda les deux extrémités du fil. Il devait les torsader ensemble. Mais ses mains ne répondaient plus. Il laissa tomber son couteau. Il laissa tomber les fils. Les SS étaient à une quinzaine de mètres.
Les Tigres tiraient. Ses propres hommes tiraient sur son cratère. Il saisit de nouveau les fils. Il les mit dans sa bouche et les dénuda avec les dents. Il tenait les deux fils de cuivre sous tension dans sa main ensanglantée et gelée. [Il s’éclaircit la gorge.] La ligne crépita. Le commandant d’artillerie à l’arrière, qui hurlait dans un téléphone hors service, l’entendit.
Un crépitement, puis une voix, un murmure glacial et douloureux. Le feu. Connor gisait toujours à découvert, à une centaine de mètres de sa ligne, retenant les fils. La chasse avait repris ; les SS chargeaient à nouveau à soixante-dix mètres de la ligne américaine. C’était l’assaut final. C’était la fin. Connor hurla dans le téléphone.
Son dernier ordre. Tous les canons, tous les canons, à 75 mètres devant moi. Feu, feu, feu. Ce n’était pas de la précision. Ce n’était pas de la chasse. C’était l’anéantissement. Le bataillon d’artillerie américain au complet, 18 canons, a déchaîné toute sa puissance de feu. Ils ont cessé de viser. Ils ont simplement tiré aussi vite qu’ils pouvaient recharger. Le ciel s’est déchiré. La bande de terre de 75 mètres entre Connor et ses hommes a disparu.
Ce fut un mur de feu, d’acier et de mort. La charge SS s’abattit sur ce mur et il disparut. Des centaines d’hommes anéantis en quelques secondes. Les derniers chars Tigre, désormais sans infanterie. Leurs équipages, brisés et terrifiés, s’arrêtèrent. Ils tirèrent. Un dernier coup à l’aveugle. Puis ils firent demi-tour. Ils battirent en retraite. La bataille était terminée. Le silence retomba sur le champ de bataille. La guerre de trois heures était finie.
Connor lâcha les fils. Cette fois, la communication fut définitivement coupée. Il se releva péniblement. Il était couvert de sang et de terre. Son uniforme était en lambeaux, sa hanche brisée. Il entreprit de parcourir les derniers cent mètres qui le séparaient de sa ligne. Les mitrailleurs américains, ceux qui le prenaient pour cible, cessèrent le feu.
Ils virent ce fantôme sortir de la fumée. Ils n’en croyaient pas leurs yeux. Il passa devant la ligne de front. Il passa devant son commandant de bataillon, le lieutenant-colonel Smith, qui avait accouru du poste de commandement. Smith regarda ce fantôme, le visage blême. « Merl, mon Dieu, je te croyais mort ! » Connor le dépassa en boitant.
Il tendit au commandant le téléphone de campagne cassé. Sa voix était rauque. « J’ai dû réparer le fil. » Puis Garlin Merl Connor, le fermier du Kentucky, s’effondra dans la neige. Le lieutenant-colonel Smith, son supérieur, fixa l’homme qui venait de s’écrouler. Il était le fantôme surgi de la fumée. C’était l’homme qui venait de les sauver tous.
Smith s’agenouilla près de Connor. Les secouristes étaient déjà sur place, découpant frénétiquement les lambeaux de son uniforme. Le spectacle était horrible. L’homme était baigné de sang, et pas seulement du sien. Sa hanche n’était plus qu’un amas de chair déchirée et d’os blanchis. Ses mains étaient gelées et crispées. Son visage était noirci par la cordite, la fumée et les gelures.
Ses lèvres étaient fendues et ensanglantées, là où il avait rongé le fil téléphonique. Ce n’était plus un homme. C’était un sacrifice. Les soldats américains, ceux qui lui tiraient dessus, restèrent là, impassibles. Ils étaient silencieux. Ils venaient d’assister à un miracle. Ils avaient fui. Ils avaient paniqué. Et cet homme, ce fermier d’1,60 m, avait refusé de mourir.
Les secouristes le soulevèrent. Il était si léger, 51 kilos. Tandis qu’ils l’emportaient, tout le bataillon les observait. Ils n’applaudissaient pas. Ils étaient saisis d’admiration. C’était un silence empreint de respect. Le fantôme les avait sauvés. La bataille était terminée. Venait maintenant le bilan. Lorsque les patrouilles américaines s’avancèrent enfin sur le terrain, dans la zone de combat, elles s’arrêtèrent.
Ils n’en croyaient pas leurs yeux. Ce n’était pas un champ de bataille. C’était un cimetière. La neige n’était pas blanche. Elle était noire à cause des explosions et rouge à cause du sang. Il n’y avait aucun blessé. L’artillerie que Connor avait appelée était si précise, si brutale, qu’elle n’avait rien laissé intact.
Ils dénombrèrent les corps : plus de cinquante SS morts, des centaines de blessés, traînés par leurs camarades en retraite. Ils découvrirent les carcasses fumantes de trois chars Tigre et trois autres endommagés ou abandonnés. L’attaque allemande, forte de six cents hommes et six chars Tigre, avait été stoppée, brisée et anéantie par un seul homme. Un homme au téléphone cassé et à la détermination inébranlable.
L’histoire aurait dû s’arrêter là. Garland Merl Connor aurait dû devenir le soldat le plus célèbre du monde. Son commandant, le lieutenant-colonel Smith, savait ce qu’il avait vu. Ce n’était pas une étoile d’argent. Ce n’était pas une croix du service distingué. Ce n’était pas de la bravoure. C’était au-delà de l’humain. Smith courut vers son poste de commandement.
Il prit un stylo et rédigea la recommandation pour la Médaille d’honneur, la plus haute distinction que puisse décerner le pays. Il ne se contenta pas de recommander. Il implora. Il écrivit : « C’est le plus grand acte d’héroïsme auquel j’aie [reniflement] jamais assisté. » Il décrivit tout. Les SS, les chars Tigre, la traque de trois heures, l’ordre de tirer sur [il s’éclaircit la gorge] moi.
Le fil électrique rompu, la progression sous le feu ennemi, les dents serrées, l’ultime résistance. Il a transmis son rapport à sa hiérarchie. Et c’est là que l’histoire est véritablement déchirante. C’est l’injustice, les experts laissés pour compte. Les généraux, les colonels, les bureaucrates du quartier général ont reçu le rapport. Ils l’ont lu et ils n’y ont pas cru. Réfléchissez-y.
Vous êtes général. Vous êtes à l’abri, à 20 mètres derrière la zone de guerre. Vous lisez des centaines de rapports chaque jour : héroïsme, bravoure, actions exceptionnelles… et vous tombez sur celui-ci : un lieutenant d’1,60 m, déjà décoré de quatre Silver Stars, s’est retrouvé face à six chars Tigres pilonnés pendant trois heures, a rampé sous le feu ennemi, a réparé un fil de fer barbelé avec ses dents et est rentré chez lui à pied. Cela paraît incroyable.
Ça paraît insensé. Ça paraît exagéré. Ça paraît une erreur. Les experts ont examiné la doctrine. Ils ont examiné les règlements. Aucun soldat n’est formé pour faire ça. Aucun soldat ne pourrait faire ça. Aucun soldat ne ferait ça. C’est la même logique qui a fait croire aux officiers que la doctrine est [il s’éclaircit la gorge] primordiale.
Les experts savaient pourtant que c’était une erreur. Le commandant Smith devait être sous le coup de l’émotion. C’est impossible. Ils ont donc perdu les documents. Ils ont disparu. Ils se sont engloutis dans les méandres de la bureaucratie de l’armée américaine. La guerre touchait à sa fin. Des millions d’hommes rentraient chez eux. Qui se souciait d’un rapport de plus sur un fermier du Kentucky ? Garland Merl Connor a été hospitalisé. Sa guerre était terminée.
Il reçut sa quatrième Purple Heart. Il reçut la Distinguished Service Cross. La deuxième plus haute distinction, une marque de remerciement pour ses services, mais pas la Medal of Honor, pas la reconnaissance pour le 24 janvier. Le jour où il les sauva tous. L’armée l’avait oublié. Et qu’advient-il de celui qui fut le soldat le plus redoutable du monde une fois la guerre terminée ? Qu’advient-il de son âme ? Quand la neige fondit, Connor ne se plaignit pas. Il ne rechercha pas la gloire.

Il n’a pas écrit de livre. Il n’a jamais parlé de ce jour-là. C’était un homme discret, un homme humble. Il est rentré chez lui, dans le Kentucky. Il a épousé sa fiancée Pauline. Le gouvernement lui a offert une petite ferme en récompense de ses services, et ce pour les cinquante années suivantes. Garlin Merl Connor, le soldat le plus décoré de la Seconde Guerre mondiale, celui qui a traqué seul les chars Tigre, a continué à faire exactement ce qu’il faisait avant la guerre : cultiver la terre.
Il a élevé sa famille. Il a cultivé sa terre. Il a lutté contre ses blessures, jour après jour. L’éclat d’obus dans sa hanche, les souvenirs qui le hantaient. Ses voisins savaient qu’il était un héros. Ils ont vu la Croix de service distingué. Ils ont vu les quatre étoiles d’argent, mais ils ignoraient tout de son histoire, car il ne la leur avait jamais racontée. C’était un héros discret. Quand les journalistes l’ont trouvé et lui ont demandé : « Comment avez-vous fait ? », il a donné la même explication toute simple, celle d’un fermier. Il a haussé les épaules.
J’ai simplement fait ce que j’avais à faire. L’histoire devrait s’arrêter là. Un héros discret, oublié des experts, dont sa famille garde le souvenir. Mais elle ne s’arrête pas là, car il y avait un autre homme, un [il s’éclaircit la gorge] homme qui connaissait la vérité. Il s’appelait Richard L.M. Lynch. Lui aussi était un ancien élève de Kuck. Il avait servi dans la troisième division.
Il connaissait la légende de Garland Merl Connor et savait qu’un DSC ne suffirait pas. Il savait que le 24 janvier 1995, cinquante ans après la bataille, Richard Lynch avait déclenché une nouvelle guerre : une guerre contre le Pentagone, une guerre contre la bureaucratie. Il refusait de laisser les experts l’emporter. Il savait que ce téléphone cassé avait son importance. Il a passé des années à fouiller les archives.
Il l’a retrouvé. Le rapport original perdu, rédigé par le colonel Smith, enfoui dans un dossier, oublié pendant cinquante ans. Il a retrouvé le registre du commandant d’artillerie, preuve des coordonnées. Il a retrouvé les rapports d’après-action allemands qui prouvaient que le bataillon SS s’était effondré sans raison apparente. Il a retrouvé les témoins, les hommes présents, ceux qui ont vu le fantôme émerger de la fumée, et il a présenté le tout à l’armée américaine. L’armée l’a lu.
Les nouveaux experts ont examiné les preuves et, cinquante ans plus tard, ils y ont cru. L’injustice était trop flagrante pour que la bureaucratie l’ignore. Ils ont reconnu leur erreur. Garland Merl Connor avait 79 ans. Il était mourant, son corps meurtri par une vie de blessures et de labeur à la ferme. Il était alité dans un hôpital du Kentucky lorsque le téléphone a sonné.
Ce n’était pas un téléphone de campagne. C’était le président des États-Unis qui annonçait à un agriculteur discret qu’après 53 ans, son pays était enfin prêt à le remercier. Trop malade pour voyager, il mourut deux mois plus tard, en mars 1998. Mais avant de mourir, il savait que les experts n’avaient pas eu gain de cause. Il savait que son histoire serait racontée.
La médaille a été remise à sa veuve, Pauline, lors d’une cérémonie à la Maison Blanche. Garland Merl Connor, décoré de quatre étoiles d’argent, trois étoiles de bronze, quatre Purple Hearts, une Distinguished Service Cross et désormais une médaille d’honneur, est officiellement le soldat le plus décoré de la Seconde Guerre mondiale.
Plus qu’Audi Murphy, plus que le général Patton, plus que quiconque. Voilà comment se font les vraies guerres. Et voilà comment s’écrit l’histoire. Ce ne sont pas toujours les experts et leurs doctrines. Ce ne sont pas toujours les généraux et leurs grands plans. Parfois, c’est un jeune fermier du Kentucky, mesurant à peine 1,60 m, gisant dans un cratère et réparant un fil électrique avec les dents. Voilà ce que c’est que le courage.
Et c’est une histoire qui mérite de ne jamais tomber dans l’oubli. Si vous l’avez trouvée aussi captivante que nous, prenez un instant pour aimer cette vidéo. Cela nous aide à partager davantage d’histoires méconnues de la Seconde Guerre mondiale. Abonnez-vous pour rester connectés à ces récits inédits. Chacun compte. Chacun mérite d’être commémoré.
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